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Un nouveau défi RH : l’injonction du bonheur

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Partout, des conseils, des livres, des articles où la quête du bonheur devient le Saint Graal d’une vie réussie. Bien sûr, tout le monde a ce désir d’être heureux, mais tout le monde ne désire pas la même chose. À chacun son bonheur !

« Notre bonheur ne consistera jamais dans une pleine jouissance, où il n’y aurait plus rien à désirer ; mais dans un progrès perpétuel à de nouveaux plaisirs et de nouvelles perfections » (Leibniz)

Le bonheur devient une demande presque sociale si ce n’est sociétale, le cheminement que nous devrions tous s’appliquer à construire. Cette tyrannie de l’image du bonheur s’est immiscée dans chaque interstice de nos vies, sociales, personnelles et évidemment professionnelles. Doit-on, jour après jour, aller parfaitement bien? La première question est de définir ce qu’est « aller bien » pour chaque individu. Et c’est peut-être cela qui est complexe aujourd’hui, c’est à dire identifier ce qui rend chacun de nous globalement heureux? Il y aurait bien sûr à savoir de quels plaisirs nous avons individuellement besoin pour parvenir à éprouver une réelle Satisfaction à vivre, à aimer et à travailler.

Le tout bonheur dans nos champs personnels.

Les médias sociaux, comme Instagram ou Facebook véhiculent insidieusement cette image d’un bonheur universel et stéréotypé.

Cette progression de l’image dans nos sociétés désormais inscrites « en réseaux » où le monde se raconte, se montre et s’exprime, oriente aujourd’hui chacun à montrer le meilleur de soi, de sa vie, etc. Alors se déclinent à outrance ces fameuses images d’Epinal du bonheur, qui viennent alimenter ce nouveau paradigme sociétal. Le compte insta_repeat témoigne des clichés similaires pris par les instagrammeuses et instagrammeurs.

Cette quête contribue à conditionner nos pensées et donc nos actes. Nous nous projetons dans des vies en image « édulcorées » dont les désirs ne sont pas les nôtres. Quelles en sont les conséquences ? Cela peut donner à certains d’ignorer, de nier leurs propres désirs pour se projeter dans ceux de tous ces autres ! Cette pression crée une injonction qui érige ces cadres « parfaits » en loi du bonheur.

Cette image du bonheur s’inscrit progressivement dans tous les pans de nos vies, dont notre travail. Le bonheur devient alors un sujet RH.

Le bonheur et l’entreprise : comment font les entreprises pour répondre à cette injonction du bonheur au travail ?

Cette uniformisation du bonheur a donc un impact dans le cadre de nos emplois, puisque l’entreprise devrait alors répondre collectivement à des aspirations au bonheur qui ne peuvent être que singulières.

L’entreprise peut, bien sûr, adopter une organisation nouvelle pour aider tout un chacun à conjuguer vie pro et vie perso comme le télétravail. Elle peut également stimuler leurs créativités par l’intervention d’artistes, d’ateliers ou mettre en place des temps de repos et de détente dans la journée. Ces espace et outils peuvent amener des contributions à l’amélioration des vies des salariés à condition que cela s’inscrive dans des cultures d’entreprises où en premier lieu la reconnaissance et à minima le respect font valeurs dans les liens et comportements.

Pour autant, ce n’est pas à l’entreprise de porter le poids du bonheur de ses collaborateurs puisque par essence, chacun reste le constructeur de sa vie, libre de saisir ou pas son rapport individuel à son bonheur non seulement au travail, mais aussi dans ses autres champs de vie.
Si tout était bonheur, la vie pourrait tendre à la morosité. La vie est un mouvement permanent où nous tentons de satisfaire nos besoins. A chacun les siens! Le bonheur trouve ses origines dans l’expression bon heur (augure, chance) : avoir bonne fortune, bonne chance, il n’est pas question de bien-être originellement mais bien d’être « disponible à » pour saisir et du coup construire avec les contingences qui surgissent. Il s’agit bien d’être en Désir et pour désirer il faut du manque.

« Les gens réellement enviables ne se disent pas heureux parce qu’ils s’oublient eux-mêmes. Ils sont happés par un travail qu’ils aiment, une tâche qui les passionne, les enrichit, les intéresse, à laquelle ils se donnent tout entier. Pierre Gripari – L’horreur du bonheur – Mai 1990 »

Crédit photo @rawpixel

A propos de l'auteur :

CONSULTANTE RH et PSYCHANALYSTE, j'accompagne les femmes et les hommes de vos équipes pour un mieux vivre ensemble au travail.

a écrit 23 articles sur le blog du cabinet RH.